L'escalier
- Symbolique
- Progression vers le savoir, ascension vers la connaissance
- Pouvoir
- Position sociale élevée
- Le grand escalier : mise en scène de la vie aristocratique. Lié à une conception hiérarchique du monde, à un sens de la cérémonie et de la fête, à un goût de la représentation (Palais Garnier – Beaubourg)
- Echelle : dans le monde chrétien, l’échelle symbolise de ce qui relie le ciel et la terre, c’est-à-dire de la possibilité de monter au ciel
- Fonctionnalité
- Construction à demeure servant à établir une communication facile entre deux plans dont l’un est plus élevé que l’autre
- On le trouve dans les constructions dans l’Antiquité. L’escalier à vis apparaît au Moyen-Age
- Recherche d’harmonie entre l’édifice et l’escalier
- Notion « d’aller vers » : circulation verticale plus commode qu’une échelle (sans rampe, sans marche)
- Notion de « haut / bas » : monter / descendre
- Escaliers extérieurs
- Ils correspondent à une dénivellation de terrain ou sont extérieurs à une architecture
- Passage d’un endroit à un autre : de la ville basse à la ville haute (en 1118 à Bourges : ville basse économique, ville haute consacrée aux organes du pouvoir). Qui permet d’enjamber des rails, de l’eau (gare Bourges)
- Valeur symbolique de la position élevée : les temples et les cathédrales sont entourés et précédés de marche. Caractère monumental
- Escaliers intérieurs
- Ils sont liés à une construction à étages dont ils desservent les différents niveaux.
- Ils sont restés longtemps un organe fonctionnel, occupant peu de place.
- A partir du XVe siècle, les préoccupations de luxe, jusqu’ici réservées à l’architecture religieuse, commencent à inspirer l’architecture civile. Les châteaux, palais, hôtels, constructions en hauteur où les étages jouent un rôle important, s’équipent d’escalier souvent monumental. L’escalier devient un thème majeur de l’architecture (Chambord : escalier à révolution double)
- Monumentalité et symétrie vont de pair.
- Au XIXe siècle, la plupart des théâtres, des hôtels de ville, des grands magasins sont dotés d’escaliers symétriques. Symboles consacrés au pouvoir, ils anoblissent les bâtiments publics et expriment l’assurance de la société bourgeoise.
- L’organe de circulation, longtemps limité à un espace restreint, a fini par occuper un volume considérable dans les bâtiments : il offre des vues en tous sens, impose des parcours et des gestes. IL devient une sorte de théâtre où chacun est à la fois acteur et spectateur.
- L’escalier dans l’art
L’escalier a souvent été représenté dans les tableaux des peintres ou dans les sculptures. Représenter un escalier ou le construire n’est pas anodin
- Léonard de Vinci participa à la conception de l’escalier du château de Chambord.
- Michel Ange a réalisé un marbre « la vierge à l’escalier ». La Vierge à l'escalier est la première pièce en bas-relief connue sculptée par Michel-Ange. Il s'agit d'une sculpture en bas-relief haute de 56,7 cm et large de 40,1 cm. Si la référence au stiacciato de Donatello est évidente, le traitement par le jeune Michel-Ange de la figure de la Madone s'en détache1 utilisant une composition plus originale, avec une Vierge (qui occupe la majeure partie de l'œuvre) dont le regard porte non pas vers les spectateur mais vers un escalier symbolique reliant le monde terrestre (où elle se trouve, allaitant son fils) et le ciel (occupé par des angelots). La profondeur perspective est toutefois appuyée par la draperie tendue depuis la Vierge par un des angelots traversant ainsi la composition.
- Van Gogh a mis en valeur dans un tableau le « Pont de Trinquetaille », Comme d’autres artistes liés au mouvement impressionniste, tels Claude Monet, William Turner, Camille Pissarro, Gustave Caillebotte ou Paul Cézanne, Van Gogh est sensible aux éléments de la vie quotidienne et à ses nouveaux décors urbains. Van Gogh en particulier peint ce pont pour la seconde fois ; on lui connait en effet une autre représentation de cet ouvrage. Il s’agit d’une huile sur toile (65 x 81 cm), également appelée Le pont de Trinquetaille ou Le Pont à Trinquetaille que l’artiste a réalisée quelques mois plus tôt en juin 1888, mais la vue diffère quelque peu. Elle représente le pont vu de l’amont et dans sa totalité. Le tableau peint en octobre fait partie des œuvres réalisées par Van Gogh pour décorer sa maison d'Arles ainsi qu’il l’explique à son frère, avec d'un croquis, dans sa lettre du 13 octobre (n° 5522). Réalisé en octobre 1888, du quai de la Roquette, ce tableau montre un escalier accédant au pont métallique récent (il date de 1875) franchissant le Rhône et reliant le quartier de Trinquetaille et la Camargue aux autres quartiers de la ville. À propos de ce tableau Van Gogh écrit (lettre 5523) : « Le pont de Trinquetaille avec toutes ces marches est une toile faite par une matinée grise, les pierres, l'asphalte, les pavés sont gris, le ciel d'un bleu pâle, des figures colorées, un malingre arbre à feuillage jaune. »
- Marcel Duchamp a peint « nu descendant l’escalier ». "Nu descendant un escalier" : le titre du tableau confère à l'œil humain la vision d'une silhouette descendant un escalier. Cependant, il reste très difficile ici de cerner un nu, qu'il soit féminin ou masculin. Les formes humaines semblent être composées de prismes juxtaposés, décomposant un mouvement de descente d'escalier qui débute en haut à gauche pour se finir dans le coin en bas à droite de la toile. Aucun environnement, aucune profondeur, aucun aménagement de plan ne nous permettent de situer une scène où un personnage anonyme et assexué est censé descendre (plutôt que monter) un escalier qui débute on ne sait où pour finir nulle part. Seul le travail sur un dégradé de couleurs peut susciter une émotion visuelle. Dans cette œuvre, il y a plus à comprendre qu'à contempler... Suggérant un nu, non anatomique mais artistique, cette œuvre de Marcel Duchamp met le spectateur en face d'une représentation qu'il connaît d'instinct, ne suscitant chez lui aucun intérêt. Cependant cette œuvre lui donne une vision décomposée du mouvement humain qui peut être confondu avec celui d'une simple machine. L'évolution technologique de la fin du 19e et du début du 20e siècle suscite dans les mentalités un mépris de l'homme pour l'homme qui est considéré comme un objet, une sorte de robot qui répète sans cesse les mêmes mouvements - dont on peut décomposer les attitudes et analyser le fonctionnement. On parle alors de déshumanisation. La démarche du peintre est donc ici à visée philosophique. Elle permet de remettre en cause la nature même de l'être humain et de ses rapports avec le monde qui l'entoure, grâce aux fonctions de communication et communion que permet l'art. L'œuvre est donc une contestation significative de l'auteur... Marcel Duchamp distingue deux états de son œuvre. Il déclara au sujet de la deuxième version1 : « Cette version définitive du Nu descendant un escalier, peinte en janvier 1912, fut la convergence dans mon esprit de divers intérêts, dont le cinéma, encore en enfance, et la séparation des positions statiques dans les chronophotographies de Marey en France, d'Eakins et Muybridge en Amérique. Le nu est un objet de représentation codifié répondant à certains critères. Or, ici, le nu ne pose pas mais est montré dans une figuration de mouvements. Il y a donc une rupture avec le code du nu classique. Cette peinture renvoie en fait aux codes de la représentation cubiste tout en s'en écartant un peu.
- Salvador Dali (1904-1989) a réalisé une sculpture en bronze « nu montant l’escalier », Hommage à Marcel Duchamp
- Quant au photographe Cartier Bresson, Brassaï, l’escalier a été pour lui une source d’inspiration. Il ne faut pas oublier la symbolique de l’escalier, qu’il monte ou descende : progression vers le savoir, élévation vers la connaissance, les profondeurs de l’Inconscient et le savoir occulte.
- Francis Bacon, Homme descendant l’escalier (1972)
- Ballets : Aurélien BORY, les 7 Planches / Merzouki, Terrain vague / Nocturne au Louvre : les métamorphoses du Louvre par Frédéric Flamand
- Décomposition du mouvement : Trisha Brown, El Trilogy
Delphine BORDAT
Enseignement d’exploration – Patrimoines
Lycée Alain Fournier
BOURGES







